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ITINÉRAIRE

Le glaneur du Chemin des Dames

François Mayu 

2001, année de mon retour sur des champs de bataille de la Grande Guerre. Et ma rencontre avec le Chemin des Dames. Ressurgissent alors ces émotions violentes qui, dès l’enfance, par la lecture de témoignages, de consultations d’images de chaos, de corps démembrés, devaient me marquer à jamais.

Le Chemin des Dames m’est devenu symbolique de la Grande Guerre : stabilisation du front, effroyable offensive Nivelle du 16 avril 1917, refus d’obéissance (mutineries), attaques sectorisées, gains et pertes de terrain, et tant d’hommes de plus de trente nationalités qui s’y sont affrontés.

 

Mes séjours réguliers durant quatre années m’ont ouvert au fait que je devais, que je ne pouvais qu’exprimer mon ressenti pour ce lieu, pour cette histoire.

 

Depuis lors je ressens l’impérieux besoin de m’y poser régulièrement.

Peindre cet horizon énigmatique, cette crête qui s’étire d’est en ouest, théâtre de l’indicible. Lieu de souffrance, de courage, de peur, de colère, de mort.

 

Impérieux désir d’aller à la rencontre de ceux qui y vivent. Rencontrer les agriculteurs qui cultivent cette terre, complices involontaires qui, par leur travail, me permettent d’arpenter inlassablement les parcelles labourées, saturées éclats d’obus emprisonnés dans leur gangue de rouille, de terre couleur Sienne, terre de l’Aisne. Vestiges d’une violence inouïe, stigmates de la formidable canonnade.

Ne jamais fouiller, ne jamais violer le sol, mais simplement glaner ces fragments d’acier et de plomb qui sans cesse me questionnent : quelle a été leur histoire dévastatrice ?

C’est me perdre dans le brouillard, m’asseoir dans les labours, réfléchir, ressentir, me laisser absorber par le terrain. Comment ne pas penser à ces générations meurtries, à ces gosses sacrifiés, penser aux équipes médicales plongées dans le plus grand désarroi devant l’horreur inédite de leurs plaies.

Surtout, ne pas oublier. C’est au Chemin des Dames, et c’est ailleurs.

Un siècle déjà ; ce matin à l’échelle de l’inhumanité.

 

De l’utilisation de ces matériaux, il m’est apparu manifeste qu’une part du fruit de mon travail devait être consacrée à accompagner la vie et soit reversée l’ASP fondatrice (accompagnement et développement des soins palliatifs).

BRONZES,TABLEAUX ET SCULPTURES ÉCLATS D'OBUS