Le glaneur du Chemin des Dames…

Dix-huit ans déjà, retour sur les champs de bataille de la Grande Guerre.
C’est la rencontre avec le Chemin des Dames. Ressurgissent alors ces émotions violentes qui, dès l’enfance, devaient me marquer à jamais.
Trois années d’imprégnation, de méditation… Alors peindre ce plateau, horizon énigmatique, théâtre de l’indicible.
Arpenter inlassablement les parcelles labourées, saturées d’éclats d’obus emprisonnés dans leur gangue de rouille, de terre couleur Sienne, terre de l’Aisne ; vestiges d’une violence inouïe, stigmates de la formidable
canonnade.
Ne jamais fouiller, ne jamais violer le sol, mais simplement glaner, grâce à la complicité involontaire des agriculteurs, ces fragments d’acier et de plomb qui sans cesse me questionnent : quelle a été leur histoire dévastatrice ?
Les assembler, ériger des silhouettes aujourd’hui apaisées, des colonnes « Pour quelle victoire ? ». C’est me perdre dans le brouillard, m’asseoir dans les labours, réfléchir, ressentir, me laisser absorber par la terre.
De l’utilisation de ces matériaux, il m’est apparu manifeste qu’une part de mon travail devait être consacré à accompagner la vie et soit reversée à l’ASP fondatrice (accompagnement et développement des soins palliatifs).