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La
der des ders...
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La der des ders...
Ce n’est
pas directement une histoire familiale, et pourtant.
Benjamin Bourlier, mon grand-père maternel,
est l’un parmi ces centaines de milliers
de poilus blessés à Verdun. Il ne
remontera plus au front. Mort dans les années
50, je ne connaîtrai jamais cet homme.
La Grande Guerre
m’obnubile dès l’enfance :
documentaires télévisés, photos
et articles m’éveillent à l’incompréhensible.
Trente-cinq années
passent et, en 2000, je ressens cet appel irraisonné d’un
champ de bataille, celui du Chemin des Dames. Plateau
où alterneront, durant quatre années,
accalmies et combats acharnés. Aberrante
offensive initiée par Joffre, reprise et
menée par Nivelle avec l’appui majoritaire
de la classe politique : infecte boucherie
dès le 16 avril 1917. Dédit et obstination
de Nivelle à poursuivre l’hécatombe après
quarante-huit heures de combats épouvantables.
Mouvements collectifs de refus d’obéissance
dans de nombreux régiments à la fin
du printemps (mutineries ; Chanson de Craonne).
Fouler ce terrain,
s’engager dans les tranchées et boyaux,
s’infiltrer dans les creutes... Un choc,
le réveil de tout ce que j’avais enfoui.
Dès lors, monter au Chemin des Dames le
plus souvent possible m’est impérieux.
Laffaux, la Malmaison, Ostel, le mont Sapin, Soupir,
Cerny-en-Laonnois, la Caverne du Dragon, Hurtebise,
Craonne, le plateau de Californie… Lieux
de souffrance, de courage, de peur, de colère,
de mort ; champs et forêts truffés
de débris métalliques aux arêtes
tranchantes, vestiges d’une violence inouïe.
Fragments qui sans cesse me questionnent : quelle
a été leur histoire dévastatrice
? Plateau énigmatique que je sillonne avec émotion
et respect.
Ces années
d’imprégnation justifient mon engagement
artistique : assembler ces éclats d’obus
pour témoigner de l’indicible, créer
des corps meurtris, universels.
Mes tableaux et sculptures ont pour titre “Chemin
des Dames”, suivi d’un numéro.
De l’utilisation
de tels matériaux, il m’est apparu
manifeste qu’une part de mon travail devait être
consacrée à accompagner la vie, et
qu’elle soit versée à l’ASP
Fondatrice (association pour le développement
des soins palliatifs). |